Anesthésie

Table des matières

Objectifs

Ce module couvre les éléments suivants :

  • Introduction à l'administration des anesthésiques aux animaux de laboratoire
  • Présentation des grands volets de l'anesthésie :
    • Pré-anesthésie
    • Effets des anesthésiques
    • Administration des anesthésiques
    • Urgences d'anesthésie
    • Réveil
  • Informations sur les effets des médicaments employés en anesthésie
  • Répercussions du déroulement de l'anesthésie et de l'intervention chirurgicale sur le réveil
  • Urgences d'anesthésie et leur traitement
Introduction
"Il faut éviter de soumettre les animaux à des souffrances ou à des angoisses inutiles. La technique d'expérimentation doit leur assurer toute la protection possible, qu'il s'agisse de recherche, d'enseignement ou de techniques d'expérimentation;" (Politique du CCPA sur : les principes régissant la recherche sur les animaux).

Dans ce module, nous traiterons du soulagement de la douleur à l'aide d'anesthésiques lors d'interventions douloureuses telles que les opérations chirurgicales. L'anesthésie peut également viser à produire une relaxation musculaire, à éliminer des réflexes ou à provoquer une perte de conscience pour d'autres fins que le soulagement de la douleur. Par exemple, l'anesthésie est nécessaire pour l'IRM, la tomodensitométrie et dans certains cas pour la prise de radiographies.

Étant donné la grande diversité des espèces et des souches animales, ainsi que des agents anesthésiques, on doit établir un programme d'anesthésie adéquat en consultant un vétérinaire avant d'entreprendre toute étude.

Données connexes couvertes par les autres modules

Le soulagement de la douleur après une intervention chirurgicale ou à tout autre moment est traité dans le module Analgésie. Les signes de douleur et de détresse chez les animaux sont traités dans le module Douleur, détresse et points limites. Le lecteur pourra consulter ces modules pour plus d'information.

Lorsqu'une intervention doit être faite sous anesthésie, cela suppose que cette même intervention serait douloureuse si elle était effectuée sur un animal éveillé. De plus, l'animal peut ressentir une certaine douleur résiduelle après le réveil, et dans ce cas on doit lui administrer un analgésique. Certains des médicaments dont il est question ici sont également traités dans le module Analgésie.

Pré-anesthésie

L'emploi d'agents pré-anesthésiques peut répondre à plusieurs objectifs :

  • Réduire l'anxiété chez l'animal
  • Réduire la dose d'anesthésique
  • Réduire certains effets secondaires de l'anesthésique
  • Produire une certaine action analgésique lorsque l'effet de l'anesthésique a disparu

L'agent pré-anesthésique doit permettre une réduction de la dose de produit anesthésiant; cela s'applique en particulier aux anesthésiques à injecter, la maîtrise de la profondeur et de la durée de l'anesthésie étant alors plus difficile que pour les produits à inhaler. La combinaison de pré-anesthésique et d'anesthésique doit avoir un effet suffisant pour empêcher l'animal de ressentir la douleur pendant l'intervention chirurgicale.

La plupart des anesthésiques n'ont pas seulement pour effet de produire un état d'inconscience et de soulager la douleur. Ce sont de puissants médicaments qui peuvent agir sur tous les systèmes de l'organisme. Pendant la période d'anesthésie, ils peuvent avoir une action très prononcée sur les systèmes respiratoire et cardiovasculaire; cependant l'influence exercée sur les autres systèmes peut être encore plus significative selon les objectifs de la recherche. Certains pré-anesthésiques font disparaître une partie des effets secondaires de l'agent anesthésiant; cependant ce résultat découle le plus souvent de la réduction de la dose d'anesthésique.

Idéalement, un agent pré-anesthésiant doit produire une certaine action analgésique après l'intervention chirurgicale. Certains analgésiques ont un effet assez court chez les animaux et, selon la durée de l'intervention chirurgicale, leur action peut avoir cessé au moment du réveil. Il faut s'assurer que l'analgésie se poursuit pendant toute la durée de la période chirurgicale, puis pendant et après le réveil.

Il n'existe aucun pré-anesthésique idéal ayant tous les effets décrits ci-dessus. On emploie parfois plusieurs médicaments simultanément; cependant, si l'on est prudent, les effets secondaires ne dépasserent pas en importance les effets bénéfiques.

Résumé

Idéalement, un agent pré-anesthésiant doit :

  • Réduire l'anxiété chez l'animal
  • Permettre de réduire la dose d'anesthésique
  • Réduire ou faire disparaître certains des effets secondaires indésirables de l'anesthésique
  • Produire une certaine action analgésique lorsque l'effet de l'anesthésique a disparu
Types de médicaments pré-anesthésiants

Les principaux groupes de médicaments pré-anesthésiants sont les analgésiques (en particulier les opioïdes), les sédatifs et les anticholinergiques. Les agents paralysants ou bloquants neuromusculaires sont aussi employés comme complément à l'anesthésie, notamment en chirurgie humaine.

Analgésiques

Certains analgésiques, en plus de soulager la douleur, ont également un effet sédatif bénéfique. Ils calment l'animal, ils permettent une réduction de la dose d'anesthésique requise et un réveil plus facile après l'anesthésie.

De plus, on considère que l'analgésie pré-opératoire permet de réduire les doses administrées après l'intervention chirurgicale. C'est pour ces raisons que certains analgésiques sont parfois employés comme agents pré-anesthésiants, notamment les opioïdes.

Opioïdes

Les opioïdes ont des effets qui en font des agents pré-anesthésiants utiles, soit l'antalgie (ils rendent la douleur plus supportable sans la faire disparaître complètement) et la dépression du SNC (ils ont habituellement un effet dépresseur bien que certains d'entre eux puissent provoquer une excitation et des convulsions chez certaines espèces). De façon générale, avant d'administrer quelque médicament que ce soit, on doit vérifier si celui-ci est compatible avec l'espèce visée.

La présence simultanée de l'effet antalgique et de la dépression du SNC est souhaitable pour l'anesthésie; cette combinaison permet une réduction de la dose d'anesthésique administrée tout en exerçant une action analgésique pré-opératoire.

Sédatifs

Les principaux produits de ce groupe sont les dérivés des phénothiazines (p. ex. acépromazine, chlorpromazine), les benzodiazépines (p. ex. diazépam, MidazolamMD) et les butyrophénones (p. ex. dropéridol, fluanisone). Les agonistes des récepteurs alpha-2 adrénergiques (p. ex. xylazine, médétomidine) peuvent être considérés comme des sédatifs ou comme des analgésiques, mais il est rare qu'on les emploie pour leurs seuls effets sédatifs parce qu'ils exercent également une action prononcée sur le système cardiovasculaire.

Avant l'anesthésie, le principal effet des sédatifs est de réduire l'anxiété chez les animaux. Cet effet est possible en présence d'une faible dose et peut ne pas s'accompagner de dépression du SNC. À des doses plus fortes, la dépression du SNC peut être profonde, selon l'espèce visée et la nature du médicament employé. Comme la plupart des sédatifs n'ont aucun effet analgésique, la diminution ou la disparition de la réponse à un stimulus douloureux ne doit pas être interprétée comme un signe d'analgésie. Les agonistes des récepteurs alpha-2 adrénergiques ont un certain effet analgésique en plus d'un effet sédatif. Généralement, la dépression cardiovasculaire et respiratoire provoquée par les sédatifs est faible et certains de ces produits réduisent la fréquence des arythmies cardiaques pendant l'anesthésie. Cependant il existe quelques exceptions. Les agonistes des récepteurs alpha-2 adrénergiques ont des effets prononcés sur les systèmes cardiovasculaire et respiratoire. Certains sédatifs (p. ex. chlorpromazine) peuvent provoquer une hypotension modérée à sévère et certains dérivés des phénothiazines abaissent le seuil épileptogène chez certaines espèces.

Sommaire des effets des sédatifs

  • Effet analgésique faible ou absent
  • Faible dépression du SNC
  • Effet anxiolytique (calmant)
  • Faible dépression cardiovasculaire et respiratoire

Anticholinergiques

Les anticholinergiques bloquent l'effet muscarinique de l'acétylcholine; comme ce neurotransmetteur est présent en de nombreux endroits de l'organisme, les effets des anticholinergiques sont généralisés.

Ces produits servent à annuler deux effets, en particulier pendant l'anesthésie, soit la production de sécrétions dans les voies respiratoires en réponse à l'irritation causée par certains anesthésiants inhalés, et la bradycardie (ralentissement cardiaque) qui apparaît souvent pendant l'anesthésie. Les sécrétions respiratoires constituent une complication en particulier dans le cas des animaux dotés de voies respiratoires étroites et chez qui même une quantité limitée de sécrétions peut compromettre la respiration. Avec l'avènement d'anesthésiques volatils moins irritants, la présence de sécrétions respiratoires est devenue moins problématique et l'emploi des anticholinergiques vise surtout à limiter la bradycardie qui résulte de la stimulation du nerf vague. La salivation se trouve réduite chez de nombreux animaux, mais pas chez les ruminants. Ces produits agissent aussi sur les récepteurs muscariniques de l'œil et provoquent une dilatation des pupilles (mydriase). Il peut également y avoir une diminution de la motilité gastro-intestinale.

Les anticholinergiques les plus utilisés sont l'atropine et le glycopyrrolate. L'organisme de certains lapins produit de l'atropinase, une enzyme qui dégrade rapidement l'atropine et réduit son efficacité chez cette espèce. Dans les cas où l'on recherche un effet anticholinergique prolongé, on peut remplacer l'atropine par le glycopyrrolate. Ce dernier a des effets semblables à ceux de l'atropine, bien que l'accélération du rythme cardiaque puisse être moins prononcée.

Types d’agents anesthésiques

Les anesthésiques doivent faire disparaître la sensation de douleur et avoir le moins d'effets secondaires possible; ils doivent également calmer l'animal pendant la phase de réveil. L'anesthésie ne s'accompagne pas toujours nécessairement de perte de conscience, mais c'est généralement le cas pour l'anesthésie générale. Par exemple, les anesthésiques locaux ont une action assez localisée ou même régionale sans perte de conscience. Enfin, il est préférable que l'anesthésique produise un certain effet analgésique pendant la phase de réveil.

Les agents anesthésiants se divisent en trois principaux groupes, soit les anesthésiques volatils (isoflurane, halothane), les anesthésiques à injecter (kétamine, propofol, barbituriques) et les anesthésiques locaux (lidocaïne, procaïne, bupivacaïne). Pour l'anesthésie générale, les produits à inhaler sont nettement préférables parce que leur effet est beaucoup plus facile à maîtriser et l'organisme les élimine plus rapidement.

Agents anesthétiques volatiles

Les effets généraux dont il a été question plus haut se retrouvent également chez les anesthésiques volatils. Ces médicaments se présentent habituellement sous forme liquide et doivent être administrés à l'aide d'un vaporisateur et d'un gaz porteur tel que l'oxygène. On peut facilement ajuster la profondeur de l'anesthésie en modifiant la concentration de l'agent anesthésiant dans les gaz inspirés. Si l'anesthésie est trop profonde, l'anesthésique peut être rapidement éliminé par les poumons de l'animal. Il est important de piéger le gaz anesthésiant qui s'échappe pour éviter que des personnes y soient exposées.

Isoflurane

  • Produit hautement volatil qui doit être administré à l'aide d'un vaporisateur étalonné pour éviter l'exposition à de fortes concentrations
  • Piégeage nécessaire pour éviter l'exposition du personnel
  • Dépression respiratoire plus prononcée qu'avec l'halothane, une ventilation artificielle peut être nécessaire
  • Métabolisme hépatique moins prononcé et risque d'hépatite réduit
  • Réveil rapide (une à trois minutes)

Halothane

  • Produit hautement volatil qui doit être administré à l'aide d'un vaporisateur étalonné pour éviter l'exposition à de fortes concentrations
  • Piégeage nécessaire pour éviter l'exposition des travailleur
  • Risques d'arythmie cardiaque
  • Risques d'hépatite chez les humains, mais rarement chez les autres espèces
  • Provoque une hyperthermie maligne chez les porcs génétiquement sensibles
  • Réveil rapide (une à trois minutes) sauf dans les cas d'anesthésie très longue et profonde

Oxyde nitreux

  • Sous forme gazeuse dans un cylindre
  • Faible pouvoir anesthésiant; employé seul, ne produit pas d'anesthésie chez les animaux
  • Dépression cardiovasculaire et respiratoire peu prononcée
  • Peut servir à réduire la concentration des autres gaz anesthésiants, bien que cet effet soit moins prononcé que chez les humains
  • Employer avec prudence chez les ruminants

Produits anesthésiants à injecter

Les effets généraux des anesthésiques se retrouvent également chez les produits à injecter, à quelques exceptions près. Par exemple, la kétamine ne provoque pas une dépression cardiovasculaire significative aux doses habituellement employées. Les anesthésiques à injecter sont faciles à administrer (il suffit essentiellement d'une aiguille et d'une seringue), mais il est difficile de maîtriser leurs effets après l'injection. Pour beaucoup de ces médicaments, il n'existe aucune antagoniste spécifique et la phase de réveil résulte du métabolisme du produit ou de sa distribution entre le sang et les tissus, ou des deux processus à la fois.

Il existe de nombreux anesthésiques à injecter (kétamine, propofol, pentobarbital, méthohexital, thiopental). Dans les remarques qui suivent concernant quelques anesthésiants à injecter, on trouvera certaines caractéristiques importantes de ces produits et quelques exceptions concernant les effets attendus. Pour connaître tous les détails relatifs à l'activité de ces médicaments chez une espèce donnée, on devra s'adresser à un vétérinaire.

Kétamine

  • Effet analgésique peu prononcé chez la plupart des espèces de laboratoire; ne doit pas être employée seule
  • Accroissement du tonus musculaire
  • Persistance de nombreux réflexes bien que l'animal ne réagisse pas à la douleur (p. ex. réflexe de déglutition, réflexe de clignement)
  • Habituellement employée conjointement avec un autre produit (p. ex. xylazine, diazépam)
  • La durée de l'anesthésie dépend de la dose

Pentobarbital sodique

  • Marge de sécurité étroite
  • Effet analgésique peu prononcé jusqu'à ce que l'animal soit complètement inconscient
  • Excitation pendant la phase de réveil
  • Anesthésie pouvant durer jusqu'à 60 minutes
  • Produit pharmaceutique réglementé

Uréthane

  • Permet de longues périodes d'anesthésie chirurgicale avec une dépression respiratoire peu prononcée
  • Produit cancérogène
  • On ne doit pas permettre aux animaux de se réveiller après une anesthésie à l'uréthane

Anesthésiques locaux

Les anesthésiques locaux sont traités plus en détail dans le module Analgésie. On s'en sert notamment pour soulager la douleur chez les petits animaux qui ont subi une intervention chirurgicale. On les emploie également pour l'anesthésie régionale chez les animaux de plus grande taille (p. ex. écornage, castration et césarienne chez les moutons et bovins). Ils sont souvent administrés conjointement avec des sédatifs pour faciliter la contention de l'animal.

Facteurs propres à l'animal et ayant un effet sur l'anesthésie

Un certain nombre de facteurs propres à l'animal ont un effet sur la qualité de l'anesthésie. Ces éléments doivent être pris en compte au moment de choisir un anesthésique.

Espèce. Les doses d'anesthésique à employer varient selon l'espèce, en particulier dans le cas des médicaments à injecter. De façon générale, pour un produit donné, la dose (en mg/kg) à administrer aux petits animaux est supérieure à celle qui est nécessaire pour des espèces de plus grande taille. Lorsqu'on connaît les effets d'un agent anesthésiant chez une espèce donnée, on ne doit pas supposer qu'ils sont les mêmes chez une autre espèce. Le dosage des anesthésiques volatils est plus uniforme. La concentration alvéolaire moyenne nécessaire pour l'anesthésie étant semblable d'un animal à l'autre, on peut la maîtriser en modifiant la concentration de produit dans les gaz inspirés. Au moment d'administrer les anesthésiques à inhaler, on doit tenir compte des particularités du système respiratoire des oiseaux (poumons fixes, sacs aériens) et des espèces autres que les mammifères.

Souche. On a également relevé des différences entre les souches d'une même espèce. Certaines souches de porcs sont plus sensibles que d'autres à l'hyperthermie maligne pendant l'anesthésie à l'halothane (caractère génétique).

Âge. Les animaux jeunes ou âgés sont plus exposés aux complications liées à l'anesthésie. Chez les animaux âgés, les mécanismes pathologiques pouvant être présents dans le système respiratoire entraînent parfois des complications. Chez les jeunes animaux, tous les processus nécessaires au métabolisme des médicaments peuvent ne pas être parfaitement établis, de sorte que le réveil est parfois plus long que prévu. Dans les deux groupes, l'emploi de produits volatils permet une maîtrise plus fine de l'anesthésie.

Poids. Pendant l'anesthésie, les animaux très gras peuvent ne pas respirer aussi efficacement que les individus plus maigres, ce qui entraîne parfois des problèmes d'hypoventilation. De plus, si la dose d'un médicament donné est calculée en mg/kg, il peut y avoir une surdose relative parce que la graisse contribue peu à la circulation et à la répartition du produit. Si le réveil consécutif à l'administration d'un anesthésique résulte en partie de son passage du sang aux tissus y compris les graisses (p. ex. barbituriques à action brève), il peut être relativement long chez les animaux très maigres (p. ex. Greyhounds, veaux).

Sexe. Pour certains produits anesthésiants, on a relevé un écart entre les sexes.

État de santé de l'animal. L'existence préalable d'une pathologie ou d'une maladie peut compliquer une anesthésie qui, autrement, se déroulerait sans problèmes. Toute maladie pulmonaire contribuera à entraver encore plus la fonction respiratoire pendant l'anesthésie. Les affections touchant le foie peuvent gêner le métabolisme des produits anesthésiants, et les maladies du rein peuvent limiter leur excrétion. Chez les animaux qui ont déjà été modifiés par voie chirurgicale (p. ex. hypophysectomie, surrénalectomie, thyroïdectomie), le risque peut être accru lors d'anesthésies subséquentes.

Comportement. Chez un animal excité ayant un haut taux d'adrénaline en circulation, une fréquence cardiaque élevée et une forte pression artérielle, les risques liés à l'anesthésie sont accrus.

Anesthésie préalable. Certains anesthésiques à injecter ne sont complètement éliminés de l'organisme qu'au bout de plusieurs jours (p. ex. pentobarbital) même si l'animal est conscient et se comporte normalement. Il faut être prudent si le même individu doit subir une nouvelle anesthésie peu de temps après la première. Pour ce qui est des anesthésiques dont l'excrétion résulte d'un métabolisme poussé, une deuxième anesthésie peut mener à un métabolisme plus rapide du produit que lors de la première intervention, la période d'anesthésie étant alors plus courte.

Autres facteurs. Certains médicaments non anesthésiants ont une influence sur les effets des anesthésiques. Le chloramphénicol peut prolonger la durée de l'anesthésie au pentobarbital, et certains antibiotiques renforcent l'action des myorelaxants.

Effets secondaires des anesthésiques

Comme beaucoup d'autres médicaments, les anesthésiques ont également des effets indésirables dont on doit parfois tenir compte, que l'animal soit anesthésié en vue d'une intervention chirurgicale ou de l'étude physiologique d'un système d'organes. Les effets secondaires qui sont présentés ci-dessous se produisent dans une plus ou moins grande mesure en présence de tous les anesthésiques généraux.

Dépression du système nerveux central (SNC). Les anesthésiques courants produisent une dépression du SNC qui aboutit à une perte de conscience. Cependant il subsiste une certaine activité neuronale. Pour évaluer la profondeur de l'anesthésie, on se sert de nombreux réflexes qui persistent après la perte de conscience. Cependant, si la profondeur de l'anesthésie s'accroît, ces réflexes disparaissent peu à peu et certains automatismes comme la respiration peuvent même cesser.

Dépression cardiovasculaire. Généralement, l'anesthésie entraîne une réduction du débit cardiaque et une chute de la pression artérielle. Ce phénomène résulte à la fois de l'effet direct de l'anesthésique sur le cour (réduction de la contractilité) et de son effet indirect sur le cour et les vaisseaux sanguins (par l'intermédiaire des nerfs).

Dépression respiratoire. L'un des effets des produits anesthésiants est la perte du tonus musculaire et la diminution de la contractilité. Au niveau pulmonaire, il en résulte une respiration plus superficielle (réduction du volume courant). Simultanément, on note un ralentissement de la fréquence respiratoire ainsi qu'une diminution de la sensibilité des récepteurs de la teneur en oxygène et en dioxyde de carbone du sang. Il en résulte donc une réduction globale de l'efficacité de la fonction respiratoire chez l'animal.

Dérèglement de la thermorégulation. Les produits anesthésiants inhibent les processus de thermorégulation (maintien de la température de l'organisme). Ils agissent sur les centres thermorégulateurs du cerveau et sur les mécanismes tels que le frisson. Par conséquent l'organisme de l'animal tend à se refroidir jusqu'à atteindre la température ambiante. L'hypothermie est l'un des principaux facteurs à prendre en compte, notamment dans le cas des petits animaux comme les rongeurs; à cet effet, on doit prévoir une source de chaleur contrôlée permettant de maintenir la température de l'animal.

Dépression de la sécrétion hormonale. Généralement, l'anesthésie entraîne une dépression de la sécrétion hormonale. Certains anesthésiques généraux peuvent provoquer un accroissement de la sécrétion de prolactine.

Dépression d'autres fonctions. L'anesthésie générale produit une dépression de la motilité gastro-intestinale et de la fonction hépatique. L'excrétion d'urine diminue également.

Techniques d'anesthésie

Anesthésie par inhalation

Cobaye dabs une chambre anesthétique

Gracieuseté du Dr Paul Flecknell,
University of Newcastle

Dans ce cas l'animal doit inhaler l'anesthésique. Au départ, la concentration du produit est plus élevée dans les alvéoles, puis elle s'accroît dans le sang de l'animal qui se trouve ainsi anesthésié. À la fin de l'intervention, la concentration du gaz inhalé est réduite à zéro et le produit passe du sang aux alvéoles, puis l'animal se réveille. On peut maîtriser la profondeur de l'anesthésie en modifiant l'équilibre entre les concentrations sanguine et alvéolaire.

Il existe plusieurs méthodes d'anesthésie des animaux à l'aide de produits volatils. L'animal peut être placé dans une chambre qui est remplie de gaz anesthésiant à la concentration voulue dans un gaz porteur. Lorsque l'animal est endormi, on ouvre la chambre sous une hotte et on retire l'animal, auquel on applique un masque ou un autre dispositif permettant de poursuivre l'administration d'anesthésique aussi longtemps que nécessaire. Cette technique convient particulièrement bien aux animaux de petite taille. Une ventilation assistée peut être nécessaire pour certaines espèces (p. ex. moutons).

Lapin avec un masque pour anesthésie

Gracieuseté du Dr Paul Flecknell,
University of Newcastle

Il est également possible de placer directement un masque sur le nez et la bouche d'un animal pour lui faire inhaler le gaz anesthésiant. Cette méthode permet d'anesthésier même des animaux d'assez grande taille, mais elle entraîne habituellement une certaine exposition accidentelle aux gaz. Certaines espèces retiennent leur respiration lorsqu'on leur met un masque.

On peut aussi commencer par injecter à l'animal un produit anesthésiant à action brève par voie intraveineuse, puis mettre en place une sonde endotrachéale reliée à un dispositif d'acheminement de l'anesthésique volatil. Cette méthode comporte plusieurs avantages. En effet, elle permet d'employer un respirateur et de maintenir les paramètres respiratoires à des valeurs normales. Elle facilite également le traitement des éventuelles urgences d'anesthésie et la maîtrise de la présence de gaz anesthésiants dans la pièce. Cependant l'intubation endotrachéale est difficile chez certaines espèces (p. ex. rongeurs) et la réduction du diamètre de la trachée peut compromettre la respiration de façon importante. On doit également veiller à ne pas accroître significativement l'espace mort, c'est-à-dire la partie du système respiratoire où il n'y a aucun échange gazeux avec le sang. Le taux de renouvellement d'air et le volume courant doivent être ajustés de façon à maintenir une gazométrie sanguine normale, et cet aspect doit être abordé avec un vétérinaire.

Porc avec un tube buccal pour anesthésie

Gracieuseté du Dr Paul Flecknell,
University of Newcastle

Santé et sécurité au travail

On doit éviter d'exposer les personnes à l'inhalation de gaz anesthésiants. L'exposition à certains anesthésiques volatils peut provoquer une hépatotoxicité, et d'autres produits sont cancérogènes (p. ex. uréthane). On doit disposer de procédures de piégeage ou d'élimination de tous les gaz anesthésiants provenant de fuites ou exhalés par l'animal anesthésié.

Anesthésie par produits injectables

Les anesthésiques peuvent être injectés par diverses voies (intraveineuse, intrapéritonéale, intramusculaire, sous-cutanée). Les produits à injecter permettent de créer une anesthésie générale, régionale ou locale. Pour l'anesthésie régionale, on peut injecter le produit dans l'espace sous-arachnoïdien ou dans l'espace épidural afin de bloquer l'influx des nerfs sensoriels et moteurs qui pénètrent dans la moelle épinière ou qui en sortent à ce niveau.

Certains anesthésiques comme les thiobarbituriques doivent être administrés par voie intraveineuse parce que leur pH élevé (alcalinité) endommage les tissus si on les injecte par voie sous-cutanée ou intramusculaire.

Anesthésiques placés dans l'environnement de l'animal

Il s'agit en particulier des anesthésiques que l'on ajoute à l'eau où vivent les poissons et les amphibiens. Plusieurs produits peuvent être administrés ainsi; on laisse ensuite les animaux nager librement jusqu'à ce qu'ils soient anesthésiés. On emploie fréquemment le méthanesulfonate de tricaïne (TMS; MS-222MD) pour anesthésier des grenouilles et des poissons. Dans l'eau, ce produit est très acide et on doit le tamponner avec du bicarbonate de sodium.

« Anesthésie » par le froid - hypothermie

Chez les rongeurs nouveau-nés, les mécanismes de thermorégulation ne sont pas encore tout à fait établis, de sorte qu'on a parfois recours à l'hypothermie pour immobiliser ces animaux; cette méthode permet également d'immobiliser des amphibiens et des reptiles pour effectuer des interventions chirurgicales avec une bonne marge de sécurité apparente. On sait que lorsque le tissu nerveux est porté à une température inférieure à 9°C environ, la transmission des signaux du cerveau et du système nerveux central est bloquée, ce qui produit un état d'inconscience (on dit parfois que la température centrale devrait être de 5°C). On considère que l'absence de réponse au traumatisme chirurgical à un tel degré d'hypothermie constitue un signe d'insensibilité à la douleur. Cependant, pour ce qui est de cette technique, il subsiste de nombreuses incertitudes concernant le bien-être des animaux pendant les phases de refroidissement et de réchauffement, les méthodes employées et l'absence d'analgésie post-opératoire. On ne signale aucune étude définitive sur les effets anesthésiants et analgésiques de l'hypothermie employée seule; comme il existe d'autres approches efficaces et sans risque, on devra opter pour celles-ci.

Évaluation de l'anesthésie

Le processus d'anesthésie a été divisé en quatre étapes.

  • Étape 1 : Période allant de l'administration de l'anesthésique à la perte de conscience
  • Étape 2 : Période suivant la perte de conscience; peut donner lieu à des phénomènes tels que des mouvements incontrôlés, le délire et la vocalisation
  • Étape 3 : Période pendant laquelle on peut effectuer l'intervention chirurgicale. L'étape 3 de l'anesthésie est elle-même divisée en quatre niveaux :
    • Niveau 1 : Anesthésie « légère » - maintien des réflexes de déglutition et de clignement, respiration régulière
    • Niveau 2 : Anesthésie « chirurgicale » - perte du réflexe de clignement, pupilles fixes et respiration régulière
    • Niveau 3 : Anesthésie « profonde » - perte progressive de l'activité des muscles respiratoires, respiration de plus en plus superficielle; parfois besoin de ventilation assistée
    • Niveau 4 : Disparition de tout effort respiratoire, la respiration peut s'arrêter complètement
  • Étape 4 : Crise anesthésique! Arrêt respiratoire et mort imminente par collapsus cardiovasculaire

On évalue la profondeur de l'anesthésie à l'aide des réflexes; bien que leur intensité puisse varier selon la nature de l'anesthésique employé, ils évoluent de façon assez constante pour être utiles si on les emploie conjointement. On ne doit jamais déterminer la profondeur de l'anesthésie à partir d'un seul type de réflexe.

  • Réflexe pupillaire. Si l'on dirige un faisceau lumineux vers l'œil, la pupille se contracte. Ce réflexe est présent au début de l'étape 3, puis il décroît et disparaît vers le milieu de l'étape 3.
  • Réflexe opticopalpébral (de clignement). Si l'on touche le coin de l'œil de l'animal, il se ferme. Ce réflexe disparaît au début de l'étape 3.
  • Réflexe cornéen. Si l'on touche la cornée, l'animal cligne de l'œil. Ce réflexe disparaît au début de l'étape 3. Prendre soin de ne pas endommager la cornée en tentant de le provoquer.
  • Réflexe de retrait. Si l'on tire doucement sur un membre et qu'on pince un doigt, l'animal retire le membre. Ce réflexe permet de déterminer si l'animal ressent la douleur, et on ne doit procéder à l'intervention chirurgicale que lorsqu'il a disparu, c'est-à-dire au début de l'étape 3.
  • Réflexe laryngé (déglutition). En présence d'une stimulation du larynx, l'animal avale. La stimulation peut provenir d'une source externe (tentative de mise en place d'une sonde endotrachéale) ou interne (présence de sécrétions au niveau du larynx). Ce réflexe empêche l'aspiration accidentelle de liquides dans les poumons et il disparaît au début de l'étape 3.

D'autres signes permettent également d'évaluer la profondeur de l'anesthésie.

L'effort respiratoire évolue selon la profondeur de l'anesthésie. À l'étape 1, l'animal est éveillé et sa respiration peut être assez rapide (excitation due à la manipulation). Elle est assez régulière et également répartie entre le thorax et l'abdomen. À l'étape 2, la respiration se répartit encore également entre le thorax et l'abdomen, mais elle est moins régulière et il peut y avoir des périodes d'apnée. Au début de l'étape 3, elle est régulière et également répartie entre le thorax et l'abdomen. Au fur et à mesure que l'anesthésie devient plus profonde, la respiration devient plus superficielle et plus abdominale. Elle devient irrégulière à l'étape 3 et elle s'interrompt à l'étape 4.

Le tonus musculaire décroît; après être passé par un maximum au cours de l'étape 2, il diminue jusqu'à la fin de l'étape 3. Le tonus de la mâchoire est un bon indicateur du tonus musculaire.

Réponse aux stimuli chirurgicaux. On doit prendre note de toute réponse aux stimuli chirurgicaux. Lorsqu'on a déterminé à l'aide des réflexes que la profondeur de l'anesthésie est suffisante, on peut commencer l'intervention chirurgicale. À la première incision, on doit observer l'animal pour savoir s'il réagit. La réponse peut être un mouvement, un arrêt temporaire de la respiration ou une inspiration plus profonde si l'animal respire seul, ou un accroissement de la fréquence cardiaque ou de la pression artérielle. Si l'intervention chirurgicale touche l'abdomen, une traction sur les viscères abdominaux est douloureuse, ce qui peut constituer un autre indice du niveau d'anesthésie.

Profondeur de l'anesthésie

Étape 1

Période qui s'étend entre l'administration d'un anesthésique et la perte de conscience.

Les efforts respiratoires changent alors que l'anesthésie devient plus profonde. À l'étape 1, l'animal est réveillé et sa respiration peut être assez rapide en raison d'une nervosité due au fait d'être manipulé. La respiration est également distribuée entre le thorax et l'abdomen et elle est assez régulière.

Étape 2

Période qui suit la perte de conscience durant laquelle peuvent se produire par exemple des mouvements involontaires, du délire et une certaine vocalisation.

Réflexes/Symptômes
Le tonus musculaire diminue d'un maximum à l'étape 2 jusqu'à l'étape 3. Le tonus maxillaire donne une bonne indication du tonus.
Efforts respiratoires. À l'étape 2, la respiration est encore également distribuée entre le thorax et l'abdomen mais elle est moins régulière; il peut y avoir retenue de la respiration.

Étape 3

État durant lequel la chirugie peut être pratiquée. L'anesthésie de l'étape 3 compte quatre niveaux.

  • Niveau 1 : anesthésie « légère » - l'animal possède encore le réflexe palpébral et celui de déglutition il a une respiration régulière.
  • Niveau 2 : anesthésie « chirurgicale » - perte du réflexe de clignement des yeux; les pupilles sont fixes; la respiration est régulière.
  • Niveau 3 : anesthésie « profonde » - dépression respiratoire qui commence et la respiration devient faible; peut nécessiter assistance par ventilation.
  • Niveau 4 : l'animal perd toute capacité de respirer; la respiration peut s'arrêter complètement.

Réflexes/Symptômes
Réflexe pupillaire. Éclairer l'œil avec un faisceau lumineux set la pupille se contracte. Ce réflexe persiste au début de l'étape 3 puis il diminue pour disparaître au milieu de l'étape 3.
Réflexe palpébral. Toucher le coin de l'œil et l'animal cligne de l'œil. Ce réflexe disparaît au début de l'étape 3
Réflexe de la cornée. Toucher la cornée et l'animal cligne de l'œil. Ce réflexe disparaît au début de l'étape 3. S'assurer de ne pas endommager la cornée en testant ce réflexe.
Réflexe du retrait. Tirer délicatement une patte, en pincer délicatement l'extrémité : l'animal retire sa patte. Ce réflexe, qui indique si l'animal ressent ou non la douleur, devrait être absent avant que ne commence la chirurgie. Cela a lieu au début de l'étape 3.
Réflexe laryngé (ou « de la glotte » ­ réflexe de déglutition). La stimulation du larynx fera déglutir l'animal. La stimulation peut être d'origine externe, par exemple en essayant d'insérer une sonde d'intubation endotrachéale, ou d'origine interne, par exemple, de par la présence de sécrétions dans le larynx. Il s'agit d'un mécanisme prévenant l'aspiration accidentelle de liquides dans les poumons. Ce réflexe disparaît au début de l'étape 3.
L'effort respiratoire: Au début de l'étape 3, elle est régulière et également répartie entre le thorax et l'abdomen. Au fur et à mesure que l'anesthésie devient plus profonde, la respiration devient plus superficielle et plus abdominale. Elle devient irrégulière à l'étape 3 et elle s'interrompt à l'étape 4.

Étape 4

Crise anesthésique ! Arrêt respiratoire et mort imminente due à un problème circulatoire.

La température corporelle doit être mesurée et des dispositions doivent être prises pour empêcher le refroidissement qui accompagne habituellement l'anesthésie, surtout chez les petits animaux.

Le temps de remplissage capillaire peut être un indicateur du bon fonctionnement du système cardiovasculaire. Lorsqu'on pince une patte rose, elle blanchit, puis la couleur rose revient en moins de deux secondes environ. Si l'on observe un retard significatif, l'écoulement sanguin dans les capillaires est compromis, généralement parce que l'anesthésie est trop profonde et que la pression artérielle est trop faible.

Si le pouls est perceptible et si l'anesthésiste a l'habitude de sentir un pouls normal, cela lui permet d'avoir une idée du débit cardiaque. On peut également compter la fréquence du pouls et la comparer avec la fréquence cardiaque entendue à l'aide d'un stéthoscope ou apparaissant sur un électrocardiogramme. Il ne devrait pas y avoir d'écart entre ces deux valeurs.

La pression artérielle est un bon indicateur de l'efficacité des contractions cardiaques et de la résistance des vaisseaux périphériques au flux sanguin. On peut la mesurer soit indirectement (système Doppler), soit directement (cathéter inséré dans l'artère). En l'absence de toute autre cause possible telle qu'une hémorragie grave, la diminution de la pression artérielle moyenne est un signe fiable d'une anesthésie de plus en plus profonde.

Autres mesures de suivi. Si l'on dispose d'échantillons de sang artériel et d'un dispositif de mesure de la gazométrie sanguine, ce type d'information donne une image très précise de l'efficacité de la ventilation. À partir de ces données, on peut effectuer un réglage fin de la ventilation pour maintenir les paramètres physiologiques à des valeurs normales. La pCO2 de fin d'expiration et l'oxymétrie de pouls sont des méthodes non invasives de mesure de la gazométrie sanguine.

Gestion de l'anesthésie

Toutes les fois que cela est possible, et en particulier lors d'interventions chirurgicales complexes, on doit faire appel à un « anesthésiste ». La gestion de l'anesthésie concerne tous les processus et événements qui se déroulent pendant la période d'anesthésie et qui visent à éliminer la sensation de douleur pendant l'intervention chirurgicale et à assurer un retour à l'état physiologique normal aussi rapide que possible après le réveil. La détermination de la profondeur de l'anesthésie n'est qu'un aspect de la gestion de l'anesthésie. Un autre volet important consiste à veiller au bon fonctionnement de l'ensemble de l'équipement.

Au cours de l'intervention chirurgicale, l'animal subit des modifications de son bilan hydrique, qui doivent être corrigés. Certains de ces changements sont normaux (production continue d'urine, pertes par le système respiratoire). La production ininterrompue de salive, notamment chez les ruminants, épuise les réserves d'eau et d'électrolytes de l'organisme. Un mouton sous anesthésie peut produire 800 ml/h de salive riche en bicarbonate, ce qui représente une perte parce que l'animal ne peut l'avaler lorsqu'il est l'anesthésié. Les produits anticholinergiques comme l'atropine ne réduisent pas ce type de sécrétion, qui entraîne assez vite une importante perte de liquides et un déséquilibre base acido-basique.

Le saignement peut aussi entraîner une importante perte de liquides; cet aspect revêt un aspect particulièrement significatif chez les petits animaux qui ont un volume sanguin très réduit. (On peut évaluer le volume sanguin d'un animal à 70 ml/kg. Ce chiffre n'est qu'une approximation permettant de calculer rapidement et simplement les pertes sanguines ou le volume de sang qui peut être prélevé chez un animal. Une souris de 20 g a environ 1,4 ml de sang, et une perte de 200 m l représente donc 14 % de son volume sanguin total.)

Les pertes de liquides par évaporation peuvent être significatives lorsque le chirurgien ouvre des cavités corporelles profondes. On a évalué à 500 ml/h les pertes de liquides par évaporation à partir d'un abdomen humain ouvert.

On doit remplacer les liquides perdus pendant toute la durée de l'intervention et non attendre la fin de celle-ci. Les pertes plus importantes que prévu doivent être compensées aussitôt que possible. Il n'est pas toujours possible ni souhaitable de remplacer du sang par du sang, mais il faut prendre en compte les répercussions d'une réduction du volume sanguin en circulation sur le rendement du système cardiovasculaire.

Si on a établi un accès au système vasculaire, il importe de vérifier que cet accès est libre. Généralement, pour ce faire, on fait passer lentement un liquide dans l'aiguille ou le cathéter. Occasionnellement, l'aiguille se déplace ou il se forme un coude dans le tube, et l'accès vasculaire est coupé par la formation d'un caillot dans l'aiguille.

Agents paralysants (bloquants neuromusculaires)

On emploie les agents bloquants neuromusculaires comme produits d'appoint à l'anesthésie pour accentuer la myorelaxation pendant l'intervention chirurgicale ou pour pouvoir maîtriser la respiration. Ces substances paralysent les muscles squelettiques, dont la contraction volontaire devient impossible. Mais surtout, elles paralysent les muscles respiratoires et des muscles effecteurs de certains réflexes dont on se sert pour évaluer la profondeur de l'anesthésie (voir ci-dessus). L'absence d'activité des muscles respiratoires rend nécessaire l'emploi d'un respirateur artificiel. Lorsque les réflexes ont disparu, il devient difficile de vérifier la profondeur de l'anesthésie.

Le principal désavantage de l'emploi de ces produits est qu'ils provoquent une paralysie sans entraîner une perte de conscience ni soulager la douleur, et que leurs effets peuvent se prolonger après l'anesthésie. L'animal peut donc sembler être anesthésié (aucune réponse aux stimuli douloureux) alors qu'en réalité il ne peut réagir parce que ses muscles sont paralysés.

Urgences

Pendant qu'un animal est sous anesthésie, les trois principales causes d'urgence sont la surdose d'anesthésique, les pertes sanguines et la panne d'équipement. Chacun de ces événements peut provoquer la mort de l'animal.

Les surdoses d'anesthésique à injecter sont les plus difficiles à traiter parce qu'il n'existe aucun inhibiteur spécifique. L'effet le plus évident de la surdose est la dépression respiratoire, qui prend la forme d'une diminution de l'effort respiratoire. Lorsque cela se produit, il faut mettre en place un dispositif de ventilation artificielle pour tenter de maintenir une gazométrie sanguine normale jusqu'à ce que l'anesthésique soit métabolisé ou que sa concentration dans le sang diminue d'une autre façon. Lorsqu'on anesthésie des animaux, il est souhaitable de toujours disposer d'un appareil de ventilation artificielle.

Lapin couché sur son dos recevant la respiration artificielle

Gracieuseté du Dr Paul Flecknell,
University of Newcastle

Les pertes sanguines sont évidentes en cas de coupure accidentelle d'un gros vaisseau. Cependant la perte continuelle de petites quantités de sang peut également constituer un problème grave. Cela peut se produire lorsque l'animal a reçu des anticoagulants comme l'héparine et qu'il n'y a pas de formation spontanée de caillots. Si l'anesthésie est profonde depuis le début de l'intervention chirurgicale, il est possible qu'il y ait peu de saignements parce que la pression artérielle est faible. Il est également possible que le chirurgien ne remarque pas les nombreux petits saignements qui seraient visibles si la pression artérielle de l'animal était plus élevée. Beaucoup de ces petits saignements redeviendront actifs dès que l'animal se réveillera ou quand l'anesthésie sera moins profonde. Si l'on s'attend à des pertes sanguines, on doit prévoir des liquides de remplacement en quantité suffisante et mettre en place un cathéter intraveineux dès le début de l'anesthésie pour pouvoir administrer au besoin les liquides, les médicaments, etc.

L'anesthésiste doit savoir à tout moment quels sont les dispositifs qui sont en marche et il doit avoir des plans de secours pour protéger la vie de l'animal en cas d'arrêt de fonctionnement. Parmi les défaillances possibles, il peut se produire une panne de courant générale entraînant l'arrêt de tous les dispositifs électriques.

Réveil

Le réveil est dans une certaine mesure le reflet de l'induction de l'anesthésie, bien que le déroulement des événements ne soit pas le même. L'induction rapide de l'anesthésie permet d'amener l'animal à l'étape 2 sans tarder en évitant l'étape de l'excitation, mais le réveil est plus lent et peut donner lieu à une certaine excitation, notamment après une anesthésie aux barbituriques. Le suivi très précis de l'état de l'animal doit se poursuivre pendant la phase de réveil, et on doit vérifier en particulier que les voies respiratoires sont libres et que rien ne gêne la respiration.

Les anomalies dues à l'anesthésie et présentes à la fin de celle-ci (hypothermie, déshydratation) doivent être corrigées. L'un des risques liés à l'hypothermie est le ralentissement du métabolisme des anesthésiants, qui a pour effet de prolonger inutilement la durée de l'anesthésie.

Plusieurs facteurs influencent la vitesse et la qualité de la phase de réveil.

Si on a employé un agent préanesthésiant, le délai de retour à l'état d'éveil complet peut se trouver prolongé parce que certains de ces médicaments ont aussi des effets sédatifs. Cependant ils permettent un réveil plus calme qui donne lieu à moins d'excitation.

Le type d'agent anesthésiant employé influence la vitesse du réveil. Les anesthésiques volatils sont rapidement éliminés par la respiration avant le retour à l'état de conscience. Les anesthésiques à injecter disparaissent plus lentement parce que leur inactivation résulte du métabolisme et de l'excrétion.

La durée de l'anesthésie peut avoir un effet sur la durée de la phase de réveil, surtout dans le cas des produits qui permettent un réveil rapide en passant du sang aux tissus et qui sont seulement métabolisés plus tard (p. ex. thiobarbituriques). Après une anesthésie prolongée obtenue à l'aide de l'un de ces produits, les tissus sont saturés et le réveil est plutôt long. Plus la période d'anesthésie a été longue, plus il est difficile de maintenir tous les paramètres à une valeur normale, même en présence d'un suivi très complet. Dans ce cas il est probable que le réveil ne se déroulera pas comme après une anesthésie de courte durée.

La qualité de l'anesthésie peut avoir de fortes répercussions sur le réveil. Si l'anesthésie a été mouvementée et a donné lieu à des périodes d'anesthésie très profonde, il est plus probable que certains paramètres physiologiques et biochimiques auront des valeurs anormales et que le réveil sera retardé.

La procédure chirurgicale employée, surtout si elle s'est accompagnée de pertes de sang, peut influencer le réveil. L'intervention peut être longue et l'agression contre les organes peut être importante. Par exemple, à la suite d'une intervention chirurgicale au thorax, le gonflement des poumons peut être incomplet et le retour à la normale des paramètres respiratoires ainsi affectés peut être retardé.

Certains des facteurs liés aux animaux et dont on a dit qu'ils pouvaient influencer l'anesthésie peuvent également se répercuter sur l'étape du réveil. Par exemple, certains animaux âgés ou jeunes ne métabolisent pas les médicaments aussi rapidement