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CCPA, Manuel vol. 1 (2e édition) 1993

Chapitre XI - Anesthésie

XI. ANESTHÉSIE


Ce chapitre contient des directives et de l'information sur l'anesthésie et le soulagement de la douleur chez les animaux d'expérimentation. Cela ne veut pas dire que c'est un exposé détaillé et complet sur la question, et les utilisateurs non vétérinaires devront consulter un vétérinaire anesthésiste ou un vétérinaire spécialisé dans les animaux d'expérimentation lorsqu'ils auront à administrer ces drogues. Les annexes contiennent des informations sur les dosages usuels et les méthodes d'administration des analgésiques, des tranquillisants et des anesthésiques. Les drogues décrites dans ce chapitre sont toutes des drogues vendues uniquement sur prescription ou des drogues contrôlées. Les utilisateurs non vétérinaires peuvent obtenir des prescriptions pour ces drogues d'un vétérinaire licencié et ils devraient contacter le Bureau des drogues dangereuses, Santé Canada, concernant l'utilisation des drogues contrôlées en recherche.

Green (1982) a discuté des méthodes d'évaluation de la profondeur de l'anesthésie, qui varient avec les espèces animales et avec les drogues. On peut obtenir des détails spécifiques dans les manuels et les articles de révision mentionnés dans les références.

A. CONTRÔLE DE L'ANESTHÉSIE

1. Généralités

Les sédatifs, les analgésiques et les anesthésiques généraux doivent être utilisés pour diminuer la douleur et l'angoisse, à moins que les objectifs de l'étude n'en interdisent l'usage. Si tel est le cas, il faut obtenir l'autorisation du Comité de protection des animaux (CPA).

Il arrive souvent que les anesthésiques agissent sur les systèmes cardiovasculaire, respiratoire et thermorégulateur en plus d'agir sur le système nerveux central (SNC). Il faut donc faire tous les efforts pour maintenir la circulation, la fonction respiratoire et la température corporelle des animaux anesthésiés à l'intérieur des limites physiologiques normales (Parker et Adams, 1978). Grâce à l'intubation endotrachéale, les voies respiratoires ne seront pas obstruées et demeureront libres.

Les sujets exposés aux gaz anesthésiques sur qui l'on pratique une chirurgie intra-abdominale, surtout les petits animaux, peuvent faire de l'hypothermie. Ils peuvent en mourir ou prendre beaucoup de temps à récupérer de l'anesthésie. L'hypothermie peut être réduite si on place l'animal sur un matelas chauffant à l'eau chaude ou sur tout autre dispositif permettant de conserver la chaleur (Muir et Hubbell, 1989; Lumb et Jones, 1984; Flecknell, 1987).

2. Manipulation du patient

L'animal devrait toujours être manipulé doucement et calmement afin de ne pas trop l'exciter et l'effrayer. Un état d'excitation prolongé dérange le système circulatoire et le métabolisme du patient et provoque un certain état de choc. Par ailleurs, tenter d'anesthésier un animal qui se débat pose certains problèmes physiques en plus d'accroître la possibilité d'une réaction anormale à l'anesthésique. Ces questions sont d'autant plus importantes lorsqu'il s'agit d'immobiliser et d'anesthésier des animaux sauvages (Fowler, 1986).

3. Jeûne

Les chats, les chiens, les primates non humains (PNH), les furets et les porcs doivent être gardés à jeun de 8 à 12 heures avant l'anesthésie, afin de diminuer les risques de vomissements pendant l'induction de l'anesthésie ou pendant la période de réveil (Flecknell, 1987). Les très petits mammifères ou les mammifères immatures doivent être soumis à une période de jeûne beaucoup plus courte, habituellement de deux à quatre heures, à cause de leur taux métabolique plus élevé. Chez les ruminants, un jeûne de 12 à 24 heures contribuera à diminuer le risque de ballonnement du rumen. Cependant, il faut de (36 à 72) heures de jeûne pour diminuer le volume des aliments dans le rumen. Les bovins ne doivent pas boire d'eau dans les 12 heures qui précèdent la chirurgie, afin de prévenir la régurgitation et l'augmentation du volume du contenu du rumen. Il n'est pas nécessaire de faire jeûner les petits rongeurs ou les lapins avant l'anesthésie, car ces animaux ne vomissent pas lors de l'induction (Flecknell, 1987). Quant aux cobayes, ils doivent jeûner de 6 à 12 heures avant l'anesthésie, pour avoir le temps d'éliminer de leur bouche le bol alimentaire qu'ils conservent à la base de la langue. Les petits oiseaux sont rarement mis à jeun, afin de leur permettre de conserver leur énergie au cours du stress de la procédure (Muir et Hubbell, 1989; NRC (États-Unis), 1977). Le jeûne chez les femelles en gestation de toutes les espèces animales, particulièrement chez les ruminants, peut produire de profonds dérangements métaboliques. À part les ruminants, on doit fournir de l'eau à boire à tous les animaux jusqu'à une heure avant l'induction de l'anesthésie (Flecknell, 1987).

4. Anticholinergiques

Les anticholinergiques bloquent la stimulation parasympathique du système cardiopulmonaire et diminuent les secrétions salivaires. On les utilise en combinaison avec des sédatifs et des analgésiques comme prémédication à l'anesthésie générale. Les anticholinergiques ne sont plus utilisés de routine chez les animaux qui subissent une anesthésie. Ils sont administrés de façon sélective, après un examen clinique préanesthésique, et selon les besoins précis de chaque animal, la réponse anticipée à l'anesthésique et la tendance à développer de la bradycardie ou une salivation excessive (Short, 1987).

a) Atropine: c'est l'agent anticholinergique le plus utilisé, mais son administration de routine est contreversée à cause de l'incidence élevée d'arythmie cardiaque qui l'accompagne (contractions ventriculaires prématurées et tachycardie du sinus) (Lumb et Jones, 1984; Flecknell, 1987). Son usage est le plus souvent recommandé chez les PNH, les porcs, les cobayes et les chinchillas pour diminuer les sécrétions des voies respiratoires, alors qu'on ne doit pas l'administrer s'il y a déjà une tachycardie importante (Green, 1982).

b) Glycopyrrolate: c'est un anticholinergique d'ammonium quaternaire. Même si son mécanisme d'action est semblable à celui de l'atropine, ses effets durent plus longtemps. Il semble que le glycopyrrolate cause moins de tachycardie du sinus que l'atropine (Paddleford, 1988). Il ne pénètre pas le SNC parce qu'il passe difficilement la barrière sang-cerveau. De plus, à l'encontre de l'atropine, il ne traverse pas la barrière placentaire, ce qui indique qu'il est un agent anticholinergique périphérique spécifique (Short, 1987).

B. TRANQUILLISANTS ET SÉDATIFS

Les tranquillisants produisent un effet calmant sans sédation (Green, 1982). Ils n'ont pas de propriétés analgésiques, et même en fortes doses qui causent de l'ataxie (défaillance de la coordination musculaire) et une dépression, les animaux se réveillent facilement. Les tranquillisants sont utiles parce qu'ils peuvent être administrés à un grand nombre d'espèces animales, souvent en association avec d'autres médicaments, pour diminuer la dose d'un anesthésique général et permettre une induction anesthésique et un réveil plus faciles. On utilise les sédatifs pour produire de la somnolence et diminuer la peur et l'appréhension (Flecknell, 1987).

L'état psychologique de l'animal avant que ne lui soient administrés les tranquillisants peut influencer beaucoup le degré de sédation recherché. Les animaux féroces, intraitables et en état d'agitation peuvent devenir impossibles à manipuler à moins qu'on ne leur administre des doses massives (mettant en état d'incapacité physique).

a) Phénothiazines (promazine, acépromazine): ces agents produisent une sédation et contribuent à réduire la dose des anesthésiques généraux, mais ils causent une hypotension et une hypothermie modérées (Lumb et Jones, 1984; Flecknell, 1987).

b) Benzodiazépines (diazéfam, midazolam): ces agents produisent une sédation variable, selon l'espèce animale (Lumb et Jones, 1984; Flecknell, 1987; Green, 1982). Ce sont de bons relaxants musculaires et ils ne provoquent pas d'effets secondaires marqués. Le diazépam ne peut être mélangé avec d'autres agents hydrosolubles, alors que le midozolam est hydrosoluble (Flecknell, 1987).

c) Butyrophénones (azapérone, dropéridol): ces agents produisent des effets similaires à ceux des phénothiazines, mais ils sont plus puissants et causent moins d'hypotension (Lumb et Jones, 1984; Flecknell, 1987; Green, 1982). Le dropéridol est utiisé en combinaison avec un opioïde pour produire une analgésie neuroleptique (Flecknell, 1987).

d) Agonistes alpha-2-adrénergiques (xylazine, détomidine, médétomidine)

i) Xylazine (Rompunmd): c'est un sédatif et un analgésique qui agit comme un dépresseur du SNC, et qui provoque une relaxation musculaire en inhibant la transmission d'impulsions dans le SNC. Sa principale utilisation en anesthésie des animaux d'expérimentation se fait en association avec la kétamine pour produire une anesthésie chirurgicale. Cette combinaison a été utilisée chez le chien, le chat, les PNH, les gros animaux domestiques et les animaux sauvages (Olson et McCabe, 1986; Lumb et Jones, 1984). Elle cause une dépression respiratoire et une bradycardie qui peut évoluer vers un retard ou une interruption dans la conduction d'une impulsion de contraction cardiaque (Flecknell, 1987). La xylazine augmente aussi la susceptibilité du myocarde à la circulation des catécholamines au cours de l'anesthésie à l'halothane (Short, 1987). Des vomissements peuvent survenir chez le chien et le chat, et une accumulation de gaz causée par de l'atonie gastro-intestinale (absence de tonus normal ou de force) peut être un problème chez les gros chiens et les gros ruminants (Lumb et Jones, 1984). La xylazine produit des changements physiologiques profonds; il faut connaître ces effets qui sont souvent spécifiques à l'espèce pour l'utiliser en toute sécurité. La yohimbine et le 4-aminopyridine neutralisent la plupart des effets de la xylazine, sans risque de rechute, chez plusieurs espèces (Jernigan, Wilson, Booth et al. 1988), à l'exception des PNH (Lynch et Line, 1985).

ii) Détomidine: cet agent est vendu pour utilisation chez les chevaux. Il produit les mêmes effets cardiovasculaires (bradycardie et hypotension) que la xylazine, mais il est plus puissant et il a une durée d'action plus grande.

iii) Médétomidine: ce tranquillisant est en processus d'évaluation pour utilisation chez le chien et chez le chat. Il produit les mêmes effets cardiovasculaires que la xylazine. La combinaison médétomidine/kétamine présente plus d'avantages chez le chat que la combinaison xylazine/kétamine, en ce sens qu'une dose plus faible de kétamine est requise, que la durée d'action est plus longue et que l'analgésie est meilleure (Verstegen, Fargetton, Donnay et al. 1990).

C. ANESTHÉSIQUES GÉNÉRAUX

1. Anesthésiques dissociants

Les anesthésiques dissociants créent un état d'immobilisation chimique et une anesthésie caractérisée par la rigidité musculaire et la dissociation de l'esprit du milieu externe. Les yeux restent ouverts, ce qui nécessite l'utilisation d'un onguent protecteur. Divers réflexes, incluant les réflexes de clignotement et du larynx, demeurent intacts et une respiration normale est maintenue. Il arrive fréquemment qu'il y ait une augmentation de la fréquence cardiaque, de la tension artérielle et de la pression intracrânienne. Par conséquent, leur utilisation est contre-indiquée dans les cas de chirurgie crânienne et intra-oculaire. Bien que l'on administre les anesthésiques dissociants surtout aux singes et aux chats, ils ont aussi été utilisés chez presque toutes les autres espèces de mammifères ainsi que chez les oiseaux et les reptiles (Jones, 1977). Leur combinaison avec un tranquillisant est recommandée chez la plupart des espèces, pour favoriser l'analgésie et réduire le tonus musculaire (Flecknell, 1987; Green, 1982).

a) Hydrochlorure de kétamine: cet anesthésique est le plus communément utilisé de ce groupe. La profondeur de l'anesthésie dépend de la dose. Les effets secondaires incluent une forte salivation, qui peut être contrôlée par l'atropine (Flecknell, 1987), une tendance aux convulsions et un réveil accompagné d'agitation, de désorientation et d'hallucinations, qui peuvent être contrôlées par l'administration de tranquillisants et de barbituriques (Lumb et Jones, 1984). Dans tous les cas, si on laisse l'animal tranquille dans un milieu sans bruit et sombre, il récupérera facilement.

b) Tilétamine: cet anesthésique est semblable à la kétamine mais ses effets durent plus longtemps et sont plus puissants; c'est pour cela qu'il faut l'utiliser en plus petite dose. Il est la plupart du temps vendu en combinaison avec le tranquillisant zolazépam (Télazolmd), qui améliore la relaxation musculaire, l'effet dépresseur sur le SNC et le réveil de l'anesthésie, et qui prévient aussi les crises dues à la tilétamine. Après une anesthésie à la tilétamine, les chats peuvent prendre de 12 à 36 heures avant de redevenir cliniquement normaux. La combinaison tilétamine/zolazépam s'est avérée utile chez les rats et les gerbilles, mais non chez les souris et les hamsters (Hrapkiewicz, Stein et Smiler, 1989). Finalement, la tilétamine est néphrotoxique chez le lapin (Brammer, Doerning, Chrisp et al. 1991; Doerning, Brammer, Chrisp et al. 1992).

2. Barbituriques

Les barbituriques diffèrent des tranquillisants et des opioïdes en ce sens que l'augmentation progressive de la dose intensifie la dépression, jusqu'à ce qu'un état d'anesthésie générale soit atteint. Ils n'ont pas d'effets analgésiques et leur usage premier se situe au niveau de l'induction et/ou du maintien de l'anesthésie générale. Les barbituriques sont de puissants dépresseurs respiratoires et leurs effets sur le système cardio-vasculaire sont variables. Lorqu'ils sont administrés en doses moyennes, il se produit quelquefois de l'agitation (Green, 1982).

On groupe les barbituriques selon la durée de leur action, soit de longue durée (phénobarbital), de courte durée ou de moyenne durée (pentobarbital) et de très courte durée (thiopental, thiamylal, méthohexital) (McLaughlin, 1988). Les anesthésiques à action courte et très courte sont couramment utilisés pour anesthésier. La durée de l'anesthésie varie beaucoup avec les espèces animales. Cependant, en général, les barbituriques de courte ou de moyenne durée d'action produisent approximativement de deux à trois heures d'anesthésie, et les barbituriques de très courte durée d'action, de 10 à 20 minutes (McLaughlin, 1988).

Les variations dans la dose/réponse et la durée des effets des barbituriques sont très grandes à l'intérieur des espèces animales et entre elles (Olson, 1986a; Green, 1982; McLaughlin, 1988). Voici quelques exemples de variations observées avec un anesthésique à durée d'action moyenne, le pentobarbital:

i) la période de sommeil des chats est considérablement allongée (McLaughlin, 1988);

ii) les souris prennent deux fois plus de temps à récupérer de l'anesthésie sur une litière à base de bois dur que sur une litière à base de bois mou, et les souris mâles dorment plus longtemps que les femelles (McLaughlin, 1988);

iii) la durée de l'anesthésie produite chez les chevaux et les bovins adultes est relativement courte; cependant, la période de réveil est longue et difficile (Lumb et Jones, 1984).

Lorsque c'est possible, les barbituriques doivent être administrés par voie intraveineuse, lentement, jusqu'à l'effet désiré. Les autres voies d'administration sont beaucoup moins satisfaisantes, car il est plus difficile d'évaluer le dosage et les effets dus à l'anesthésie sont moins prévisibles. Tous les barbituriques peuvent causer de la nécrose cutanée si l'injection est accidentellement faite autour du vaisseau (McLaughlin, 1988).

Même si les barbituriques sont couramment utilisés, ils ne sont pas souvent de bons choix comme anesthésiques généraux, à cause de leur faible effet analgésique, des effets cardiovasculaires profonds, de la mortalité élevée et de nombreux facteurs externes qui affectent la dose/réponse et la durée du sommeil. On peut faire une bonne anesthésie en combinant un barbiturique avec un tranquillisant, un sédatif ou un opioïde (Olson, 1986a; Lumb et Jones, 1984; McLaughlin, 1988).

3. Chloralose

Le chloralose peut être utilisé pour des expériences sans survie qui requièrent une anesthésie prolongée et un minimum d'interventions chirurgicales (Flecknell, 1987; Holzgrefe, Everitt et Wright, 1987). Il existe un désaccord à son sujet, à savoir si le chloralose est un vrai anesthésique ou un hypnotique avec peu d'action analgésique. On l'utilise surtout dans des études physiologiques pour conserver les réflexes vagaux et centraux, ou pour préserver la fonction myocardiaque dans des études cardiovasculaires aiguës. Bien qu'on pense généralement que le chloralose n'a pas d'applications dans des études avec survie ou en médecine vétérinaire clinique (Lumb et Jones, 1984), une étude récente a démontré que l'utilisation répétée du chloralose sur une longue période de temps chez les chiots ne provoquait aucun signe de toxicité (Grad, Witten, Quan et al. 1988).

4. Uréthane (Uréthane, Carbonate d'éthyl)

L'uréthane produit de longues périodes d'anesthésie, il possède une grande marge de sécurité et il a peu d'effet sur la pression artérielle et la respiration. Cet anesthésique produit suffisamment d'analgésie pour permettre les manipulation chirurgicales (Flecknell, 1987). Cependant, cette drogue doit être manipulée avec d'extrêmes précautions, car elle est considérée comme cytotoxique, carcinogène et immunosuppressive. L'uréthane provoque aussi de profondes perturbations dans la fonction gastro-intestinale et il stimule l'hypothalamus et l'hypophyse (Olson, 1985). On ne doit pas permettre à un animal de récupérer d'une anesthésie à l'uréthane.

5. Saffanmd

Le Saffanmd est la combinaison de deux stéroïdes, l'alphaxalone et l'alphadolone, dissouts dans un surfactant (véhicule), le Crémaphor EL, pour le rendre soluble. On l'administre par voie intraveineuse ou intramusculaire, cette dernière donnant plus de résultats imprévisibles. Le relâchement musculaire est bon et le réveil est rapide. Il est rapidement métabolisé et c'est un excellent anesthésique pour le maintien d'une anesthésie de longue durée (Flecknell, 1987). Le Saffanmd a été utilisé chez le chat, le porc, les gros animaux domestiques, les petits PNH, les rongeurs, les oiseaux et les animaux exotiques (Lumb et Jones, 1984; Flecknell, 1987; Green, 1982). On ne le recommande pas chez le chien à cause de la libération massive d'histamine que provoque souvent son véhicule, le Crémaphor EL (Flecknell, 1987). Le Saffanmd ne doit pas être utilisé avec des barbituriques (Flecknell, 1987).

6. Tribomoéthanol (Avertin)

L'usage de l'Avertin est controversé à cause des grandes variations de résultats obtenues dans différents laboratoires. Même s'il n'est plus disponible au Canada, on peut le retrouver sous d'autres formes. Vendu sous forme de poudre, il doit être dissout dans de l'hydrate d'amylène et ensuite dilué avec de l'eau distillée à 40C immédiatement avant usage. On doit faire attention d'utiliser seulement des solutions fraîches, car il se décompose rapidement à la lumière ou à des températures au-dessus de 40C, produisant des sous-produits qui sont très irritants pour les tissus. On l'administre par voie intrapéritonéale chez les rongeurs (Green, 1982), provoquant un bon relâchement musculaire et une dépression respiratoire et cardiovasculaire modérée (Flecknell, 1987; Green, 1982). Cependant, la mortalité postopératoire est fréquente à cause des adhérences péritonéales. Même si on emploie des solutions fraîchement préparées, la mortalité est souvent élevée après l'administration d'un deuxième anesthésique à une date ultérieure (Green, 1982; Norris et Turner, 1983).

7. Antagonistes anesthésiques non spécifiques injectables

Plusieurs agents ont la possibilité de neutraliser plusieurs effets des anesthésiques non opioïdes injectables, grâce à des propriétés antagonistes spécifiques.

a) Yohimbine: cet agent bloque les récepteurs alpha-2-surrénaliens et antagonise partiellement les barbituriques, la xylazine, la kétamine, les benzodiazépines et les phénothiazines (Fowler, 1986; Lumb et Jones, 1984).

b) 4-aminopyridine (4-AP): il antagonise partiellement la xylazine, la kétamine et les barbituriques. La yohimbine et le 4-AP sont souvent combinés pour neutraliser de façon plus efficace (Lumb et Jones, 1984).

c) Doxapram: c'est un stimulant respiratoire et non un agent neutralisant en soi. Cependant, on l'a utilisé pour antagoniser partiellement la dépression respiratoire causée par l'anesthésie aux barbituriques chez les chiens (Hatch, Jernigan, Wilson et al. 1986).

8. Anesthésiques pour inhalation

Les anesthésiques pour inhalation ont l'avantage de requérir une détoxication minimale par l'organisme, puisqu'ils sont expirés par les poumons et que le niveau d'anesthésie peut être contrôlé facilement et rapidement. Cependant, leur usage requiert un équipement spécial pour les administrer et une surveillance constante du patient (Stimpfel et Gershey, 1991). Certains de ces anesthésiques sont explosifs ou inflammables, ou irritants pour les tissus. L'exposition chronique à certains de ces anesthésiques est dangereuse pour la santé du personnel des salles de chirurgie (Lumb et Jones, 1984).

La rapidité d'induction de l'anesthésie et du réveil dépend de la solubilité de l'anesthésique dans le sang. Les anesthésiques hautement solubles (méthoxyflurane) atteignent lentement l'équilibre dans le sang; par conséquent, l'induction de l'anesthésie et la durée du réveil durent plus longtemps. Les anesthésiques insolubles (halothane) atteignent l'équilibre rapidement, rendant plus facile le contrôle de la profondeur de l'anesthésie mais augmentant les risques liés à la possibilité d'une surdose rapide (Flecknell, 1987).

Les équipements suivants sont nécessaires lors de l'utilisation des anesthésiques en inhalation:

i) un pulvérisateur pour anesthésiques volatils;

ii) une source de gaz vecteur (habituellement l'oxygène ou l'air);

iii) un respirateur à l'aide duquel le sujet inhale le mélange anesthésique;

iv) un masque ou un tube endotrachéal branché au respirateur (Sedgwick et Jahn, 1980; Gilroy, 1981). Des exceptions seront considérées plus loin. De nombreux dispositifs simples ont été mis au point à cette fin; ils sont décrits dans les publications qui traitent des petits animaux d'expérimentation (Dudley, Soma, Barnes et al. 1975; Skartvedt et Lyon, 1972; Rich, Grimm, Wong et al. 1990; Olson, 1986b; Levy, Zwies et Duffy, 1980; Mulder et Hauser, 1984).

On doit prendre des précautions, comme l'utilisation d'un système d'évacuation des gaz, pour ne pas exposer indûment le personnel aux gaz des anesthésiques volatils (Muir et Hubbell, 1989). Plusieurs publications font état de risques pour la santé des personnes qui sont exposées pendant longtemps et d'une façon répétitive à de faibles concentrations d'halothane (toxicité hépatocellulaire), de méthoxyflurane (toxicité rénale), de protoxyde d'azote (maladie neurologique et anémie pernicieuse) et aux ingesta chroniques de chloroforme (tumeurs rénales et hépatiques chez les rongeurs) (Rettig, 1987; Stimpfel et Gershey, 1991). Les gaz d'expiration doivent être évacués vers l'extérieur ou adsorbés sur du charbon activé (Mitchell, 1976).

a) Agents volatils à base d'éther

i) Éther diéthylique: c'est un agent hautement volatil, relativement peu puissant et doté d'une grande marge de sécurité. L'éther produit une bonne relaxation musculaire et une bonne analgésie, mais il est très irritant pour les muqueuses. Ses vapeurs sont très explosives, c'est pourquoi il faut manipuler et entreposer ce produit avec beaucoup de précaution. À cause des risques d'explosion, on n'encourage pas l'usage de l'éther puisqu'il existe d'excellentes solutions de remplacement (Flecknell, 1987; Stimpfel et Gershey, 1991).

ii) Méthoxyflurane (Métofane): c'est un anesthésique à base d'éther, très soluble et très puissant. Parce qu'il est faiblement volatil, le méthoxyflurane peut être utilisé pour l'induction avec des chambres anesthésiques et pour le maintien de l'anesthésie avec un cône nasal. Il produit une certaine dépression respiratoire et cardiovasculaire, mais moins que l'halothane à des profondeurs d'anesthésie comparables. Il se produit aussi une sensibilisation myocardique, mais pas aussi importante qu'avec l'halothane. La relaxation musculaire et l'analgésie sont bonnes, et il n'est ni irritant ni explosif à des concentrations anesthésiques. Chez les animaux, une anesthésie au métoxyflurane de moins d'une heure n'est habituellement pas liée à la toxicité hépatorénale, spécialement si on évite les périodes d'hypoxie et/ou d'hypercapnie (Stimpfel et Gershey, 1991).

iii) Enflurane: cet anesthésique provoque une induction et un réveil rapides de l'anesthésie. Il fournit des niveaux modérés d'analgésie et de relaxation musculaire, cette dernière diminuant avec l'augmentation des concentrations d'anesthésique. L'enflurane produit une dépression profonde des fonctions respiratoire et myocardique (Short, 1987). Il est largement éliminé par les poumons. À l'encontre de l'halothane, cette drogue est très peu métabolisée par le foie, ce qui peut offrir certains avantages expérimentaux; autrement, il y a peu de différence entre l'enflurane et l'halothane en termes d'efficacité (Flecknell, 1987). L'enflurane coûte cher et requiert un pulvérisateur spécial.

iv) Isoflurane: cet analgésique est moins puissant que l'halothane ou le méthoxyflurane. Il est relativement insoluble, permettant une induction et un réveil rapides. On peut l'utiliser dans le pulvérisateur de l'halothane à condition de le recalibrer. Il produit une dépression respiratoire légèrement plus importante que l'halothane, mais une dépression cardiovasculaire légèrement plus faible (Flecknell, 1987). La sensibilité du myocarde aux catécholamines est à peu près nulle. En fait, de tous les anesthésiques pour inhalation, l'isofluorane est le plus sécuritaire pour le système cardiovasculaire. Il produit une meilleure relaxation que l'halothane, mais il a de moins bonnes propriétés analgésiques. L'isoflurane subit encore moins de transformations biologiques que l'enflurane et il est presque complètement éliminé par l'expiration (Flecknell, 1987). Cet anesthésique dégage une odeur âcre qui peut amener l'animal à retenir sa respiration durant l'induction. On ne lui connaît pas de toxicités, mais il est cher à l'achat (Raper, Barker, Burwen et al. 1987).

b) Hydrocarbures halogénés

i) Halothane: c'est un hydrocarbure halogéné très puissant et très volatil. Il ne doit être utilisé qu'à l'aide d'un pulvérisateur d'une grande précision. Il produit une dépression du système cardiovasculaire, selon la dose, et de l'hypotension (Flecknell, 1987). Il occasionne une dépression myocardique et une sensibilisation aux catécholamines circulantes. L'halothane est raisonnablement analgésique et il produit une relaxation musculaire. Les vapeurs ne sont pas explosives ni irritantes, mais elles peuvent être hépatotoxiques chez l'homme (Lumb et Jones, 1984).

c) Autres agents

i) Protoxyde d'azote: il est très peu efficace comme anesthésique. Chez la plupart des espèces animales, il ne permet pas d'induire un état d'anesthésie générale ou même d'inconscience (Flecknell, 1987; Mahmoudi, Cole et Shapiro, 1989). Étant donné qu'il a peu d'effets sur le système cardiopulmonaire, on peut l'utiliser pour diminuer les concentrations requises d'autres agents, réduisant ainsi le degré de dépression à une profondeur particulière de l'anesthésie (Flecknell, 1987). Le protoxyde d'azote a certaines propriétés analgésiques chez les animaux, mais son efficacité est au moins la moitié grande que chez l'homme (Short, 1987). Tout de suite après l'administration du protoxyde d'azote, on doit donner de l'oxygène pur à l'animal afin de prévenir l'hypoxie causée par la diffusion rapide du gaz dans l'organisme (Flecknell, 1987; Short, 1987). Le protoxyde d'azote présente de nombreux risques au travail, à cause de cela, il faut l'éliminer. Si un gaz véhiculant est requis, l'oxygène pur est efficace et non toxique, et il est essentiel à la vie (Stimpfel et Gershey, 1991).

D. RELAXANTS MUSCULAIRES

1. Gaïacolate de glycéryle

Le gaïacolate de glycéryle (guaiphénésine) est un relaxant musculaire qui agit sur le SNC en bloquant les neurones intercalaires de la moelle épinière. Étant donné qu'il a peu d'effet sur le diaphragme, il produit une relaxation musculaire sans paralyser la respiration. Il se produit un état de sédation et d'hypnose; cependant, on ne s'accorde pas sur le degré de l'analgésie. La guaiphénésine est le plus souvent utilisée à titre d'élément de la technique d'induction de l'anesthésie chez les gros animaux domestiques. Elle est utilisée en combinaison avec le thiobarbiturate pour des chirurgies courtes et pour l'intubation avant l'administration d'un anesthésique par inhalation (Lumb et Jones, 1984). Elle a aussi été ajoutée à la kétamine et à la xylazine pour faire de bonnes anesthésies chez les poneys, les chiens et les porcs avec un minimum de dépression cardiovasculaire et respiratoire. Cette combinaison a aussi été utilisée dans des infusions continues pour une anesthésie de longue durée chez le chat (Brown, McCarthy et Bennett, 1991).

2. Agents bloquants neuromusculaires

La succinylcholine (un agent dépolarisant), le curare, le pancuronium, la gallamine, l'atacurium et le vécuronium (des agents non dépolarisants) sont des agents bloquants neuromusculaires qui agissent en périphérie au niveau des jonctions neuromusculaires. Les anticholinestérases comme la néostiaminine, la pyridostiaminine et l'édrophonium sont des antagonistes aux agents non dépolarisants, mais ils sont inefficaces contre les agents dépolarisants (Lumb et Jones, 1984). Les agents bloquants neuromusculaires sont utilisés comme compléments aux anesthésiques généraux, là où on désire une relaxation musculaire profonde.

Puisque ces agents produisent seulement une paralysie des fonctions motrices et qu'ils ne sont ni sédatifs ni analgésiques, leur utilisation sur les animaux conscients est à proscrire (voir aussi Principes régissant la recherche sur les animaux).

Les agents bloquants neuromusculaires abolissent certains signes qu'on utilise pour évaluer la profondeur de l'anesthésie. Les fonctions du système nerveux autonome demeurent intactes lorsqu'on utilise les nouveaux agents (atacurium, vercuronium). Par conséquent, si on détecte une augmentation de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle, cela peut indiquer qu'il y a perception de la douleur. On doit alors placer les animaux sur un respirateur car les muscles de la respiration sont paralysés. Si un agent bloquant neuromusculaire fait partie du protocole d'anesthésie, il est extrêmement important d'avoir à sa disposition l'équipement adéquat et un personnel qui a de l'expérience dans l'utilisation de ces agents.

E. ANESTHÉSIQUES LOCAUX ET RÉGIONAUX

Les anesthésiques locaux, comme la lidocaïne, la procaïne, la bupivacaïne et la tétracaïne, peuvent servir à bloquer l'innervation d'une région limitée pour exécuter des procédures mineures ou rapides. L'anesthésie locale est aussi fréquemment utilisée comme complément à divers agents sédatifs et hypnotiques lors de procédures prolongées et invasives, une césarienne par exemple. Les anesthésiques locaux peuvent être utilisés pour faire l'infiltration régionale d'un site chirurgical, pour le blocage d'un champ, pour le blocage nerveux et pour des anesthésies épidurales et spinales (Green, 1982; Elmore, 1981; Kero, Thomasson et Soppi, 1981; Gray et McDonell, 1986). Pour ces trois dernières procédures, il faut recourir au vétérinaire (Lumb et Jones, 1984; Gray et McDonell, 1986). On a aussi utilisé une combinaison lignocaïne/prilocaïne sur la peau pour exécuter des prises de sang sans douleur chez certains animaux d'expérimentation (Flecknell, Liles et Williamson, 1990).

F. HYPNOSE ANIMALE (immobilité tonique)

Un état d'hypnose ou d'immobilité tonique peut être induit facilement chez une variété d'animaux comme le lapin, les oiseaux, les petits rongeurs et les reptiles. (Prestrude et Crawford, 1970; Danneman, White, Marshall et al. 1988). L'hypnose est caractérisée par l'absence de mouvements spontanés ou de réponses à des stimuli externes pendant plusieurs minutes; elle se manifeste aussi dans des conditions stressantes ou de peur. On sait que les animaux sont conscients de leur milieu, et on peut interrompre l'hypnose par des stimulations tactiles ou auditives douces. On l'induit habituellement en plaçant l'animal sur le dos et en étirant doucement le cou et les membres postérieurs pour exercer une traction sur la colonne vertébrale. Des travaux récents indiquent qu'un certain degré d'analgésie accompagne l'hypnose, mais la susceptibilité à l'hypnose varie beaucoup d'un animal à l'autre. Par conséquent, l'hypnose n'est pas recommandée comme étant une solution valable pour remplacer les analgésiques appropriés lorsqu'on exécute des procédures douloureuses (Danneman, White, Marshall et al. 1988).

G. CONSIDÉRATIONS SUR CHAQUE ESPÈCE ANIMALE

a) Chien

Anesthésie générale: administration d'un sédatif, suivie de l'injection intraveineuse d'un barbiturique à très courte durée d'action, de l'intubation et du maintien de l'anesthésie avec un anesthésique pour inhalation. Ou bien on peut utiliser des barbituriques à durée d'action moyenne ou à longue durée d'action, mais ces analgésiques sont peu efficaces et peuvent provoquer une dépression respiratoire et cardiovasculaire profonde (Flecknell, 1987; Green, 1982). On peut exécuter des chirurgies mineures avec des analgésiques neuroleptiques combinés avec la xylazine ou avec le diazépam (Green, 1982).

b) Chat

Anesthésie générale: adminstration d'un sédatif, induction de l'anesthésie avec un agent injectable, intubation et maintien de l'anesthésie avec un anesthésique pour inhalation (Green, 1982). On doit vaporiser le larynx avec un anesthésique local, comme la lidocaïne 2% (sans épinéphrine), avant l'intubation (Flecknell, 1987). L'utilisation d'un masque à induction avec un anesthésique pour inhalation est aussi bien tolérée, si le chat a reçu préalablement un sédatif et est manipulé de façon experte. Des combinaisons de kétamine et la kétamine seule se sont avérées très utiles pour l'immobilisation et pour des petites chirurgies (Flecknell, 1987; Ingwersen, Allen, Dyson et al. 1988). Le Saffanmd ou la xylazine produisent une sédation et une anesthésie efficaces pour de petites chirurgies (Flecknell, 1987; Green, 1982).

c) Furet

L'injection intraveineuse de drogues chez le furet éveillé peut être difficile; c'est pourquoi il faut utiliser d'autres voies d'administration. L'injection intramusculaire de kétamine ou de combinaisons de kétamine est très pratique (Muir et Hubbell, 1989; Moreland et Glaser, 1985), ainsi que l'injection de la combinaison fentanyl/dropéridol et du Saffanmd par voie intraveineuse (Flecknell, 1987; Green, 1982). Une chambre à induction spéciale est habituellement utilisée pour faire l'anesthésie par inhalation; le maintien de l'anesthésie est par la suite assuré à l'aide d'un masque ou d'une intubation (Poole, 1987; Moody, Bowman et Lang, 1985).

d) Lapin

Des combinaisons d'analgésiques neuroleptiques et de kétamine avec la xylazine, l'acépromazine ou l'azapérone ont été utilisées chez le lapin avec succès (Muir et Hubbell, 1989; Olson, 1986a; Flecknell, 1987; Lipman, Marini et Erdman, 1990). La kétamine seule ne produit pas une anesthésie ou une analgésie adéquate (Lumb et Jones, 1984; Flecknell, 1987). Le Saffanmd produit un degré d'analgésie généralement faible. En doses suffisamment élevées pour produire une anesthésie chirurgicale moyenne ou profonde, on peut observer une apnée soudaine suivie d'un arrêt cardiaque (Flecknell, 1987). On rapporte qu'une technique d'infusion intraveineuse continue de kétamine et de xylazine a maintenu en état d'anesthésie légère pendant des périodes allant jusqu'à quatre heures, mais l'hypoxie et l'hypotension sont alors importantes (Wyatt, Scott et Richardson, 1989). Les lapins tolèrent bien les anesthésiques par inhalation et l'induction de l'anesthésie avec un masque (Peeters, Gil, Teske et al. 1988). L'intubation endotrachéale chez le lapin est relativement difficile pour des raisons anatomiques. Les barbituriques seuls ne sont pas recommandés chez le lapin, parce que la dose requise pour atteindre une anesthésie chirurgicale est très près de la dose léthale. Des arrêts respiratoires arrivent fréquemment avant le début de l'anesthésie chirurgicale. On peut utiliser les barbituriques si on les associe à un sédatif ou à un tranquillisant (Olson, 1986a; Peeters, Gil, Teske et al. 1988). Si on utilise l'atropine, ce doit être à des doses élevées pour neutraliser l'action de l'atropinase sérique (Muir et Hubbell, 1989).

e) Petits rongeurs d'expérimentation (rats, souris, cobayes, gerbilles, hamsters et rongeurs sauvages)

Il n'est pas nécessaire de retenir la nourriture et l'eau avant l'anesthésie, étant donné que, normalement, les rongeurs ne vomissent pas (Flecknell, 1987). Parmi les anesthésiques utilisés chez les petits rongeurs, on retrouve les barbituriques, la kétamine et les combinaisons avec la kétamine (Muir et Hubbell, 1989; Flecknell, 1987; Wixson, 1987a, 1987b), les analgésiques neuroleptiques (Muir et Hubbell, 1989; Green, 1982; Parkes, 1987; Olson, 1986a), la combinaison tilétamine/zolazépam (Muir et Hubbell, 1989) et le Saffanmd (Green, 1982). La kétamine utilisée seule produit une dépression respiratoire importante si elle est administrée en doses suffisamment élevées pour une anesthésie chirurgicale chez les petits rongeurs (Flecknell, 1987). La combinaison kétamine/xylazine cause une nécrose musculaire chez le hamster syrien, aussi on ne la recommande pas chez cette espèce (Gaertner, Boschert et Schoeb, 1987). Le même problème a été rapporté avec la combinaison fentanyl/dropéridol chez le cobaye (Holmes, 1984). Les combinaisons de kétamine et le pentobarbital ne sont pas de bons anesthésiques chez la gerbille, mais les combinaisons fentanyl/métomidate (Flecknell, John, Mitchell et al. 1983) et tilétamine/zolazépam se sont avérées efficaces (Hrapkiewicz, Stein et Smiler, 1989). On utilise toujours couramment les barbituriques, mais ce sont des analgésiques fort peu efficaces et ils causent souvent une forte mortalité, spécialement lorsqu'ils sont injectés par voie intrapéritonéale ou lorsque les solutions commerciales non diluées sont injectées par voie intraveineuse (on recommande de les diluer). On peut atteindre une bonne anesthésie si on les combine avec un sédatif, un tranquillisant ou un opioïde (Olson 1986a).

Pour l'induction de l'anesthésie avec un anesthésique par inhalation, on doit utiliser un local réservé à cette fin, puis l'anesthésie peut être maintenue avec un masque facial. L'intubation endotrachéale est difficile à faire chez les petits rongeurs, et elle requiert des laryngoscopes spécialement fabriqués à cette fin (Flecknell, 1987).

Administrer une anesthésie générale sans danger chez le cobaye est notoirement difficile, puisque cet animal conserve son réflexe pédieux et fait des mouvements de contorsion même lorsqu'il est profondément anesthésié (Holmes, 1984). La réponse des cobayes aux anesthésiques injectables est très variable. On peut rencontrer comme complications postanesthésiques, des infections respiratoires, des troubles digestifs et une dépression générale (Flecknell, 1987). La rachi-anesthésie est une solution de rechange valable (Green, 1982).

De très brèves procédures (p. ex. la prise de sang dans le sinus orbitaire) peuvent être faites chez les rongeurs en utilisant un mélange égal de gaz carbonique et d'oxygène, si on retire l'animal de la chambre à gaz aussitôt que le réflexe pédieux est disparu (Green, 1982; Fenwick et Blackshaw, 1989).

On peut utiliser l'hypothermie pour anesthésier les souris et les rats nouveau-nés (âgés de 1-2 jours). Il suffit de placer les animaux dans un mélange d'eau et de glace fondante pendant 20 à 30 minutes (Green, 1982).

f) Primates non humains

La kétamine et ses combinaisons sont le plus souvent utilisées pour l'immobilisation, particulièrement lorsqu'on désire un réveil rapide. Les analgésiques neuroleptiques ont aussi été utilisés et le Saffanmd est très pratique chez les petites espèces comme les marmosets. Les PNH peuvent être intubés et l'anesthésie en inhalation peut être administrée en utilisant des techniques semblables à celles utilisées chez les humains (Flecknell, 1987; Sainsbury, Eaton et Cooper, 1989).

g) Cheval

Les périodes d'induction anesthésique et de réveil chez le cheval peuvent être marquées par de l'excitation. En raison de la taille et de la force de cet animal, il faut prévoir des installations spéciales. On doit également obtenir les conseils d'un vétérinaire. La xylazine et l'acépromazine sont habituellement utilisées comme pré-anesthésiques, suivies d'un agent d'induction (thiamylal de sodium, guaiphénesine, etc.), et d'un anesthésique pour inhalation (Muir et Hubbell, 1989; Green, 1982).

h) Ruminants

Plusieurs procédures chirurgicales peuvent être faites sous anesthésie locale ou régionale (Muir et Hubbell, 1989; Green, 1982; Gray et McDonell, 1986). Les plus grands problèmes causés par la sédation et l'anesthésie générale sont la régurgitation, l'hypoventilation et le ballonnement. L'utilisation de l'atropine chez les ruminants est controversée, parce qu'elle provoque du ballonnement et augmente la viscosité de la salive tout en ne diminuant pas la quantité. En donnant aux ruminants une dose de xylazine qui est le dixième de celle du cheval, on réussit à les faire coucher. Il est probablement mieux d'injecter la xylazine par voie intraveineuse chez le mouton et la chèvre, vu que l'injection intramusculaire produit des résultats imprévisibles. On doit noter que certaines chèvres semblent particulièrement sensibles à la xylazine (Hall et Clarke, 1991). Le ballonnement est souvent un problème qui suit l'administration de xylazine, et au cours des trois derniers mois de la gestation, les animaux peuvent avorter (Muir et Hubbell, 1989). La combinaison xylazine/kétamine avec ou sans guaiphénésine peut être utilisée pour des procédures chirurgicales assez courtes (Coulson, Januszkiewicz, Dodd et al. 1989). Pour le mouton, on recommande d'injecter le Saffanmd et la combinaison kétamine/diazépam (Flecknell, 1987).

Même si le thiopental est utile à l'induction de l'anesthésie, on ne recommande pas le pentobarbital, spécialement chez la chèvre, à cause de la dépression respiratoire qu'il provoque. Jusqu'à l'âge de trois mois, les animaux métabolisent très mal les barbituriques (Muir et Hubbell, 1989).

L'induction avec un anesthésique pour inhalation comme l'halothane ou l'isoflurane, à l'aide d'un masque, est particulièrement utile chez les plus petites espèces. On doit toujours intuber le mouton pour prévenir l'aspiration d'aliments s'il y a régurgitation. On fait l'intubation à l'aide d'un laryngoscope chez les petits ruminants et par la palpation directe du larynx chez les gros ruminants. La vaporisation de lidocaïne sur les cordes vocales des moutons avant l'intubation prévient les spasmes laryngés (Flecknell, 1987).

i) Porc

On doit faire jeûner les porcs 12 heures avant la chirurgie pour prévenir les vomissements, mais ils peuvent boire jusqu'au moment de leur administrer une prémédication anesthésique (Muir et Hubbell, 1989). Étant donné que la dépression respiratoire est une séquelle fréquente de l'anesthésie générale chez le porc, on recommande d'utiliser des drogues neutralisantes comme la xylazine ou les opioïdes (Green, 1982; Muir et Hubbell, 1989). L'anesthésie épidurale est communément utilisée (Muir et Hubbell, 1989). La kétamine combinée avec la xylazine, le diazépam, l'acépromazine ou le fentamyl/dropéridol produit de bons résultats comme anesthésique général (Muir et Hubbell, 1989; Green, 1982; Swindle, 1985), ainsi que d'autres anesthésiques en injection comme le Saffanmd (Flecknell, 1987) et la combinaison tilétamine/zolazépam (Muir et Hubbell, 1989; Bauck, 1984; Cantor, Brunson et Reibol, 1981). Quant aux barbituriques, on les utilise généralement seulement en combinaison avec un sédatif (Muir et Hubbell, 1989). L'azapérone provoque une sédation mais pas d'anesthésie (Flecknell, 1987).

Les anesthésiques pour inhalation sont bien tolérés et on peut faire facilement l'induction avec un masque chez les petits porcs (Becker, 1986). L'intubation de la trachée est difficile pour des raisons anatomiques (Lumb et Jones, 1984; Flecknell, 1987; Green, 1982) et il faut vaporiser de la lidocaïne sur les cordes vocales pour prévenir les spasmes du larynx (Green, 1982).

On a observé, chez les porcs, en réponse aux anesthésiques par inhalation (spécialement l'halothane), de l'hyperthermie maligne, de la dépolarisation des relaxants musculaires et du stress. Une prédisposition à l'hypothermie est probablement héréditaire (Basrur, Bouvet et McDonell, 1988) et elle est le plus fréquemment rencontrée chez les races Landrace et Poland China. L'hyperthermie maligne se traite bien avec du dantrolène (Muir et Hubbell, 1989).

j) Oiseaux

L'hypothermie est un problème fréquemment rencontré lors d'une anesthésie générale, spécialement chez les petits oiseaux. Ces derniers sont aussi sujets au choc et leurs petits vaisseaux fragiles rendent les injections intraveineuses difficiles à exécuter (Green, 1982). La kétamine est un pré-anesthésique efficace et les combinaisons kétamine/xylazine (Muir et Hubbell, 1989) ou kétamine/diazépam (Fowler, 1986) sont deux anesthésiques injectables des plus sûrs. La combinaison tilétamine/zolazépam peut remplacer la combinaison kétamine/xylazine (Muir et Hubbell, 1989; Green, 1982). Le diazépam combiné au chloropent (hydrate de chloral, pentobarbital de sodium, sulfate de magnésium) produit une anesthésie chirurgicale de 60 à 90 minutes chez les oiseaux domestiques (Christensen, Fosse, Halverson et al. 1987). Le Saffanmd a été utilisé chez plusieurs espèces aviaires (Lumb et Jones, 1984). Cependant, on doit l'injecter par voie intraveineuse, et même alors, il faut l'utiliser avec beaucoup de précaution à cause de l'arythmie cardiaque qui l'accompagne (Green, 1982; Short, 1987).

L'anesthésie par inhalation avec masque peut être faite de façon assez sécuritaire et assez efficace. Cependant, à cause de l'efficacité du système respiratoire des oiseaux, des changements dans la profondeur de l'anesthésie tendent à apparaître très rapidement, spécialement chez les petits oiseaux (Muir et Hubbell, 1989; Lumb et Jones, 1984; Green, 1982). Le réveil est compliqué à cause de l'accumulation de l'anesthésique dans les sacs aériens (Fowler, 1986; Ludders, Mitchell et Schaefer, 1988). Les anesthésiques par inhalation ne peuvent pas être utilisés pour des procédures thoraciques, car les gaz traversent les sacs aériens ouverts (Christensen, Fosse, Halverson et al. 1987), et une ventilation de pression positive est nécessaire pour faire des procédures abdominales à cause du diaphragme incomplet. L'immobilisation doit permettre les mouvements du sternum pour la respiration. L'isoflurane est l'anesthésique par inhalation le plus sécuritaire, suivi de l'halothane (Muir et Hubbell, 1989).

k) Animaux à sang froid

Les anesthésiques habituellement utilisés sont la combinaison tilétamine/zolazépam, la kétamine, le Saffanmd, le méthanosulfonate de tricaïne (MS-222) et les anesthésiques pour inhalation. Les dosages varient largement entre les espèces. L'absorption et l'excrétion des anesthésiques injectables sont directement liées à la température du milieu.

Les poissons doivent être à jeun pendant 24 à 48 heures pour prévenir les vomissements (Green, 1982). Ils sont habituellement anesthésiés par immersion ou au moyen d'un système de recirculation qui fait passer une solution anesthésique à travers les branchies. On recommande le méthanesulfonate de tricaïne (MS-222) (Brown, 1987) et la benzocaïne (Green, 1982) même si d'autres anesthésiques incluant le gaz carbonique, l'éther, l'hydrate de chloral, l'halothane et le Saffanmd ont été utilisés (Muir et Hubbell, 1989; Lumb et Jones, 1984; Green, 1982). La benzocaïne est aussi efficace que le MS-222, également sécuritaire pour le personnel et beaucoup moins chère (Green, 1982). L'exposition de la benzocaïne aux rayons solaires directs cause une rupture de l'agent et libère du chlore hautement toxique (Poole, 1987).

Les reptiles et les amphibiens peuvent être anesthésiés de façon efficace avec des anesthésiques locaux, par immersion dans une solution anesthésique, avec des anesthésiques injectables ou pour inhalation (Muir et Hubbell, 1989). L'hypothermie devrait être utilisée seulement pour l'immobilisation au cours de procédures non douloureuses, parce qu'on ne sait pas si l'analgésie a été induite ou pas. Des dommages tissulaires sont aussi causés par suite de l'utilisation de cette pratique. L'hypothermie n'est pas un anesthésique adéquat pour des chirurgies majeures (Muir et Hubbell, 1989). Les amphibiens peuvent être anesthésiés par immersion dans le MS-222, ce qui produit une excellente relaxation musculaire et une excellente analgésie (Muir et Hubbell, 1989; Green, 1982). Les anesthésiques injectables préférés pour les reptiles incluent la kétamine et la combinaison tilétamine/zolazépam, alors que le Saffanmd et l'étorphine ont aussi été utilisés avec succès (Muir et Hubbell, 1989; Fowler, 1986).

L'anesthésie par inhalation est induite au moyen d'un tampon d'ouate imbibé d'un anesthésique volatil que l'on met dans une boîte ou un sac en même temps que l'animal, ou en utilisant la chambre à induction ou un masque facial (Muir et Hubbell, 1989). On préfère l'halothane, l'isoflurane et le métoxyflurane à l'éther (Muir et Hubbell, 1989). Les reptiles sont relativement faciles à intuber, parce que leur larynx est facile à voir. Leur rythme respiratoire lent et leur habileté à retenir la respiration constituent des facteurs de complication (Muir et Hubbell, 1989). Les anesthésiques pour inhalation ne sont pas recommandés chez les tortues (Green, 1982).

Johnson (1992) considère qu'on doit connaître la structure du système respiratoire des reptiles pour l'administration d'anesthésiques aux amphibiens et aux reptiles. Les mouvements respiratoires sont différents chez les serpents, qui possèdent un poumon, chez les crocodiles, qui ont des diaphragmes, et chez les lézards, qui ont des cavités pleuropéritonéales. Il suggère que, les mouvements respiratoires pouvant être faibles, il faudra peut-être assister la respiration si on utilise un anesthésique volatil puisque ces animaux possèdent un mauvais système d'expiration. De plus, Johnson note que les amphibiens doivent être gardés humides si une anesthésie de longue durée est prévue. Étant donné qu'ils sont tous poïkilothermes, le fait de les garder à la température idéale pour eux aura un effet sur l'absorption et l'excrétion de l'anesthésique.

l) Invertébrés

Volk (1986) discute des méthodes d'évaluation de la profondeur de l'anesthésie chez diverses espèces d'invertébrés et donne la liste complète des anesthésiques.

H. RÉFÉRENCES

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